Les Amis de Joseph Rocher
|
Catherine Boileau en démonstration de kamishibaï
|
|
Le kamishibaï, un théâtre de papier Rappelons d’abord que kami signifie en japonais papier et que shibaï signifie théâtre (drame), d’où la traduction littérale : pièce de théâtre sur papier. Le kamishibaï est le nom donné par les japonais pour désigner une série de planches illustrées, glissées dans un coffret appelé butaï (castelet en bois). Ces illustrations racontent une histoire, chaque image représentant un épisode du récit. Le recto, tourné vers le public, est entièrement couvert par une illustration. Le verso comporte l’image miniature en noir et blanc reproduisant la planche suivante ainsi que le texte de l’image dirigée vers le public.
|
|
Le "Bonhomme kamishibaï" d'Allen Sey 2006 Ecole des Loisirs / Le "vélo kamishibaï" de la bibliothèque des Côtes d'Armor
|
|
Un genre narratif venu du Japon A l’origine, le kamishibaï est un genre narratif japonais qui remonte au XII° siècle, époque à laquelle, dans les temples bouddhistes, les moines se servaient des emaki (rouleaux de dessins) pour transmettre des histoires à contenu moralisant à une audience généralement illettrée. Le kamishibaï japonais moderne naît véritablement à la fin des années 1920. Des conteurs, les oncles gaïto, parcouraient les villages et certains quartiers de Tokyo, un butaï fixé sur leur vélo et, les jours de marché, lisaient des kamishibaï aux enfants. Pour gagner une rétribution, d’ailleurs modeste, ils leur vendaient des bonbons. Très vite, le kamishibaï entra dans toutes les écoles du Japon. Le succès de ces planches peintes à la main a été immense. Le gaïto assurait l’animation, il prenait la voix du narrateur, des personnages, ajoutait les effets sonores, improvisait, il tenait son public en haleine. Censuré rapidement pour soupçon de "corruption de la jeunesse", puis exploité pendant la Seconde Guerre mondiale pour soutenir l’effort militaire, le kamishibaï de l’après-guerre a diverti ou informé cinq millions de spectateurs par jour, enfants et adultes confondus. Mais l’avènement de la télévision, du manga et des films d’animation lui a été presque fatal. Aujourd’hui, au Japon, les bibliothèques publiques, les écoles, les jardins d’enfants, l’université, des éditeurs, clubs et associations contribuent à faire revivre le genre.
Le kamishibaï en France et en Europe Depuis les années 70, le kamishibai s'est répandu dans le monde entier et s'est adapté aux conditions culturelles des pays d'accueil, particulièrement en France et en Europe (Suisse, Hollande, Belgique). En tant que technique de conte, le kamishibai peut se rattacher au domaine du théâtre d'objets ou d’effigies. Il permet de proposer des spectacles peu onéreux, qui s'appuient sur un dispositif léger. Il peut être joué en appartement autant que devant une collectivité. Quelques compagnies professionnelles de théâtre et de marionnettes le proposent dans leurs spectacles aujourd'hui, et des collectivités comme le réseau de médiathèques communautaires de Saint-Brieuc font revivre le dispositif originel avec des tournées de "vélo kamishibaï". Cependant, le kamishibaï reste bien souvent confiné dans le secteur "jeune public" et dans le domaine pédagogique, même quand il présente des qualités esthétiques et littéraires certaines.
|
|
(De g. à d. ) Le kamishibaï "Marti-Valbonne, unis pour la vie" et "Elle" en représentation au Petit Théâtre de Valbonne (Photos Y. Boileau)
|
|
L’approche des Amis de Joseph Rocher C'est pour dépasser ces limites que Les Amis de Joseph Rocher ont entrepris de développer la création de kamishibaï originaux. L'association s'emploie depuis début 2019 à réaliser de A à Z des kamishibaï destinés à tous publics en s’appuyant sur des thématiques liées à l’histoire locale et en faisant intervenir à la fois des artistes plasticiens et des scolaires pour les illustrations et les textes. Elle met également l'accent sur la pratique de la lecture à voix haute, complément indissociable d'une présentation publique.
Deux créations originales ont déjà vu le jour : -le kamishibaï "Valbonne-Marti, unis pour la vie" réalisé au printemps 2019 sur le thème de la migration collective des habitants de Marti en Toscane (Italie) vers le village de Valbonne (Alpes-Maritimes) entre 1895 et 1925. Ce kamishibaï a été conçu à l'aide de tablettes numériques par l'artiste graphiste Emmanuelle Fèvre du Laboratoire d'Arts numériques La Bulle et des élèves de la section italienne de l'école de Garbejaïre de Valbonne. -le kamishibaï "Elle" réalisé à l’automne 2019 en lien avec la mémoire du camp harki de la Bouillide à Valbonne qui a perduré de 1966 à 1990. Il est le fruit du travail de l'artiste plasticienne collagiste Tina de Rubia avec la participation d'enfants du centre de loisirs de Valbonne et il illustre une nouvelle originale lauréate d'un concours organisé par la Bibliothèque pour Tous de Valbonne. |
|
|